De l’émaillage antique à la sérigraphie moderne, les techniques de décoration sur verre et céramique n’ont cessé d’évoluer. Aujourd’hui, la personnalisation des bouteilles, flacons ou verres est un véritable atout pour se démarquer. Découvrez, à travers cette interview, comment la sérigraphie allie tradition et innovation pour transformer un support en objet unique.

L’émail apparait presque par hasard dans l’antiquité sous forme d’un mélange de pâte de verre posé sur une céramique. On parle alors de glaçures. Les recherches archéologiques nous ont conduit V siècle avant notre ère en Mésopotamie au Ve siècle par des objets de type bijoux ou flacons. Mais c’est au VIe siècle que cette technique prendra son essor et il faudra encore attendre six siècles pour que cette méthode devienne celle qu’on connait actuellement. A savoir : « déposer une fine couche de verre ou vitrocéramique sur un support céramique puis à cuire l’ensemble de sorte à améliorer la résistance aux agents chimiques du matériau recouvert ou ses propriétés de surface.. » Syndicat des industriels des Céramiques Techniques.
Ce procédé de décoration/personnalisation ne vous en rappelle-t-il pas un autre ?
La sérigraphie ! Cette méthode qui consiste à apposer un visuel sur différents supports.
Zoom sur la sérigraphie avec l’interview de Aymeric SUDRE (AM), Responsable Supply Chain SOFLAC.
Soflac est une société de distribution pour les industries pharmaceutique, parfumerie, cosmétique et agro-alimentaire fondée n 1936. Elle distribue différents types d’emballages de type flaconnage plastique et Arts de la table et se spécialise en 1978 sur la SERIGRAPHIE.
Fujiko Sasaki : Qu’est ce qui vous a décidé à faire de la sérigraphie ?
Aymeric Sudre : Soflac a initié la sérigraphie à la fin des années 70, nous étions à l’époque distributeur régional Arc International et la personnalisation des verres s’est imposée comme une évidence : nos clients pouvaient se démarquer et communiquer au travers des verres que nous leur fournissions.
Au-delà de cette idée simple il restait encore à investir dans l’équipement et acquérir les compétences nécessaires à la décoration car cette activité se révèle bien plus complexe que ce que l’on imagine à priori.
FS : En quoi consiste la Sérigraphie ?
AM : La sérigraphie est une technique d’impression, en émail, ou en encre, qui permet de décorer un support (verre, ou plastique) à l’aide d’un pochoir, aussi appelé écran.
Le décor que l’on souhaite imprimer est tout d’abord reproduit sur une toile (écran). Si ce décor comporte plusieurs couleurs, alors celles-ci sont décomposées sur plusieurs écrans différents.
Au moment de l’impression, l’émail, ou l’encre va passer au travers des trames de la toile grâce au mouvement répété d’une racle.
Une fois le support décoré, celui-ci passe dans un four afin de fixer l’impression.
FS : En ce sens, la sérigraphie est-elle si éloignée de l’émaillage ?
AM : Absolument pas dans la mesure ou une partie importante de notre production est réalisée en émail !
L’émail permet d’obtenir une grande résistance des décors mais certaines contraintes, que ce soit au niveau de l’article, d’un pré-traitement ou plus simplement d’un choix de couleur, nous dirigent vers de l’encre « organique ».
La différence fondamentale étant la recuisson à haute température après décoration pour l’émail et la résistance finale de l’impression vis-à-vis des agressions mécaniques.
FS : Quelles sont les avantages de ce procédé ?
AM : La sérigraphie permet la reproduction à haute cadence d’un décor sur de nombreux types de supports : verres, flacons, pots, bouteilles, etc., quels que soient les matériaux : verre, plastique, métal, etc.
FS : Y’a-t-il une contrainte avec ce procédé ? Si oui laquelle ?
AM : Il y a de nombreuses contraintes en sérigraphie ce qui fait de chaque décor un projet à part entière. Quelques exemples : nous ne pouvons pas imprimer de décors trop complexes (impossible de reproduire une photo) nous devons composer avec les zones décorables des objets, nous avons des contraintes sur la finesse des traits, les couleurs devant être traitées séparément nous avons une limite sur leur nombre et devons également vérifier leur positionnement les unes par rapports aux autres ainsi que leurs interactions éventuelles…
C’est là que l’expérience joue, à tous les niveaux de la chaine de décoration, savoir adapter un décor en le modifiant sans l’altérer, savoir composer une couleur pour qu’elle se rapproche au plus prêt du désir du client, connaitre le réglage de la machine permettant d’avoir une impression nette alors que nous sommes en limite de zone décorable, ce sont ces détails qui font la différence.
FS : Quelle est sa résistance au lavage ? Pourquoi ?
AM : Pour répondre à cette question il convient de séparer émail et encre, l’émail offrant la plus grande résistance au lavage, la phase de re-cuisson haute température engendrant la fusion du décor avec la paroi verrière.
Cela reste toutefois un sujet complexe : les producteurs d’encre et d’émail ne s’engagent pas sur un nombre de lavage, trop de paramètres entrant en compte (type de lavage, de produit utilisé, température de l’eau…). Par conséquent nous ne garantissons aucune valeur concernant le nombre de cycle de lavage.
Un exemple : un lave-vaisselle particulier offre un lavage beaucoup plus agressif qu’un modèle professionnel et détériorera donc le décor plus rapidement.
FS : Quel est le minimum de production ? Pourquoi ?
AM : La sérigraphie comporte de nombreuses étapes, allant de la création de la trame d’impression, au réglage de la machine.
Le minimum de production prend donc en compte tous les réglages techniques nécessaires. De plus, il dépend également du nombre de couleurs. En effet, selon le nombre de couleurs, il peut être nécessaire de passer sur une machine automatique, ce qui engendre des temps de réglages plus importants.
En émail :
- 1 couleur : 240 pcs minimum
- 2 couleurs : 500 pcs minimum
- 3 à 6 couleurs : 5 000 pcs minimum
En encre : - 1 couleur : 240 pcs minimum
- 2 à 3 couleurs (maximum) : 5 000 pcs minimum
FS : Avez-vous quelque chose à rajouter ?
AM : J’aimerai ajouter deux choses :
-J’espère avoir su vous faire partager ce qui se cache derrière un « simple » décor. On ne se représente pas forcément le travail que cela nécessite en amont de la production mais surtout lors de la réalisation en elle-même. Nos équipes passent, unitairement, des centaines de milliers de pièces, ils accomplissent un travail difficile et hors du commun.
-Au-delà de cela la sérigraphie est une discipline passionnante, elle permet de transformer un article standard en un objet unique, elle permet de véhiculer une image, un état d’esprit, des valeurs. Bien utilisée, elle permet de sublimer un flacon, un verre, une bouteille. Être le vecteur permettant cette transformation est une fierté partagée par toutes nos équipes.
Merci M. Sudre de nous avoir accordé du temps et de nous permettre de mieux connaitre ce procédé de personnalisation fort intéressant.
Propos recueillis par Fujiko Sasaki (FS)

